Transcription d'un document conservé à la B.N.F. relatant le procès d'un Breuilleton accusé en 1711
(Note préalable : cette transcription respecte autant que possible le texte original, y compris ses éventuelles particularités orthographiques, grammaticales, etc.)
LES NOUVEAUX CONVERTIS DE BREUILLET EN SAINTONGE
En 1711
Jean Remigereau, jardinier, de la paroisse de Breuilet, âgé de quatre-vingt-trois ans, reconnaît avoir ôté son chapeau, sur l'injonction du curé de Breuillet qui sortait avec le Saint-Sacrement, mais ne s'être pas mis a genoux, parce qu'éloigné d'environ 150 pas, il était dans un très mauvais chemin, plein d'eau et de boue, dans lequel il ne pouvait se mettre à genoux, que le curé n'y put passer et se détourna pour passer dans un pré de la dlle de Breuillet. Il dit qu'il n'a point été insolent envers la religion catholique, reconnait qu'il avait été pris et mené en prison à Brouage sous prétexte qu'il avait différé de 8 à 10 jours à faire baptiser un de ses enfants, ce qu'il fit parce qu'il attendait un de ses frères qui était en l'Île d'Oléron pour être parrain, lequel ne pouvait venir promptement parce qu'il y a deux rivières fort difficiles à traverser, et dans le temps qu'il fut en prison sa femme le il baptiser. Il nie qu'un autre enfant ait été substitué au sien au moment du baptême, puisque sa femme était encore au lit de ses couches. Il nie que, faisant enterrer un de ses enfants, il l'ait remplacé par une bûche dans la bière et demande l'ouverture de la fosse pour découvrir la vérité. Il a refusé de donner le pain bénit, parce qu'il est trop pauvre pour cela, et reconnaît avoir chanté des psaumes dans sa maison avec sa femme, il y a fort longtemps, mais nie avoir dit que la religion catholique était une idolâtrie. Il a été mis en prison à la suite d'un procès contre un nommé Varlet, mais fut retiré de prison par feu M. du Vigier, procureur général, parce qu'il tombait du mal caduc, et n'a pas eu d'autre affaire avec la justice.
Magdelaine Dessioux, femme de Jean Remigereau, reconnait avoir chanté chez elle des psaumes avec son mari, mais nie d'avoir détourné les nouveaux convertis de faire leur devoir de catholiques et en particulier d'avoir empêché la femme des Andreau du Breuillet, malade, de faire son devoir avant de mourir. Elle nie avoir supposé un autre enfant à la place du sien pour le faire baptiser en l'Église et avoir dit aux nouveaux convertis et autres que la Religion catholique romaine ne valait rien et qu'il n'y avait que celle des protestants où on pouvait faire son salut, et que les prêtres abusaient le peuple en leur disant qu'on prenait le bon Dieu en communiant, que ce n'était que du pain.
(Interrogatoire signé HUON et ROY.)
Le réquisitoire du procureur du roi Debeaune, scellé de son cachet parti au 1er d. à un lion grimpant, au 2e d. a 3 étoiles 2 et 1 (15 mai 1711), requiert le bannissement, non seulement pour Jean Remigereau, mais aussi pour sa femme, et en appelle à minima de la sentence présidiale qui suit; laquelle est pourtant assez dure pour des vieillards aussi peu criminels et dont le crime était aussi peu prouvé.
M. DE RICHEMOND.
Sentence contre Jean Remigereau, jardinier de la psse de Breuillet, âgé de quatre-vingt-trois ans, prévenu d'avoir détourné les nouveaux convertis de leur devoir de catholique, etc., le 16 mai 1711.
Entre le procureur du Roy demandeur en contravention aux édits et déclarations du Roy rendus au subjet de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, d'une part.
Contre Jean Remigereau, jardinier detenu prisonnier ez prisons royales de la présente ville (Saintes) et Magdelaine Dessioux, sa femme, deffandeurs et accusez d'autre part.
Veu la plainte dudit procureur du roy; information faitte en conséquence avec le décret au bas, du 12 mars dernier; interrogatoire de ladite Dessioux pris par M. Du Sault, assesseur, du 17 dud. mois; autre interrogatoire dudit Remigereau, pris aux prisons, du 24 avril dernier; conclusions du procureur du roy à la sentence de règlement extraordinaire dud, jour; procès-verbaux d'assignation donnés tant à lad. Dessioux qu'aux tesmoings ouis dans ladite information aux fins du récollement et confrontation aux accusez, des 1er et 2e de ce mois, signés Denis sergent royal; récollement desd. témoins, du 4 de ce mois; confrontation desd. tesmoins ausd. accusez, du susd. ce jour, 4 de ce mois; conclusions définitives du procureur du roy, du jour d'hier, signées Debeaune; interrogatoire sur la sellette desd. accusez avant la présente sentence à la chambre du conseil de ce jourd'huy; et tout considéré —
Nous avons déclaré et déclarons led. Remigereau duement atteint et convaincu d'avoir tenu des discours téméraires, impies et injurieux à la Religion Catholique, Apostolique et Romaine et d'avoir voulu détourner les nouveaux convertis de faire leur devoir, pour réparation de quoy nous condamnons led. Remigereau de faire amande honorable tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres au devant la principalle porte et entrée de l'Églize de Breuillet, ou il sera conduit par un sergent royal un jour de dimanche, au commencement ou à l'issue de la messe paroissialle et que là estant nu teste et à genoux, en présance de sa femme, Il déclarera à haute et intelligible voye (sic) que témérairement et malicieusement il a fait ce qu'il a peu pour détourner des nouveaux convertis de faire leur devoir de Catholiques Romains, dont il demande pardon à Dieu au Roy et à la Justice, et, ce fait, il sera banny à perpétuité hors de la province de Xaintonge avecq deffanse de rompre son ban soubz peine de la vie.
En ce qui concerne lad. Dessioux, sa femme, l'avons pour les cas rézultans du procès, condempné d'assister à l'amande honorable que fera son mari à la porte de lad. églize de Breuillet, condamnons en oultre, tant led. Remigereau que sad. femme sollidairement, à aumosner la somme de vingt livres envers les pauvres de lad. paroisse de Breuillet, et en vingt livres envers la fabrique et led. Remigereau personnellement en dix livres d'amande envers le Roy et chacun d'eux aux despans des proceddures envers ceux qui les ont faits.
Arresté en la chambre du Conseil au siège présidial de Xaintes, le seize may mil sept cents onze.
HUON. BERTHUS. FOUYNET.
Taxé pour les espèces dix escus non payés.
(Présidial de Saintes, Sentences criminelles, année 1711), aux archives de la Charente-Inférieure.
En 1711
Jean Remigereau, jardinier, de la paroisse de Breuilet, âgé de quatre-vingt-trois ans, reconnaît avoir ôté son chapeau, sur l'injonction du curé de Breuillet qui sortait avec le Saint-Sacrement, mais ne s'être pas mis a genoux, parce qu'éloigné d'environ 150 pas, il était dans un très mauvais chemin, plein d'eau et de boue, dans lequel il ne pouvait se mettre à genoux, que le curé n'y put passer et se détourna pour passer dans un pré de la dlle de Breuillet. Il dit qu'il n'a point été insolent envers la religion catholique, reconnait qu'il avait été pris et mené en prison à Brouage sous prétexte qu'il avait différé de 8 à 10 jours à faire baptiser un de ses enfants, ce qu'il fit parce qu'il attendait un de ses frères qui était en l'Île d'Oléron pour être parrain, lequel ne pouvait venir promptement parce qu'il y a deux rivières fort difficiles à traverser, et dans le temps qu'il fut en prison sa femme le il baptiser. Il nie qu'un autre enfant ait été substitué au sien au moment du baptême, puisque sa femme était encore au lit de ses couches. Il nie que, faisant enterrer un de ses enfants, il l'ait remplacé par une bûche dans la bière et demande l'ouverture de la fosse pour découvrir la vérité. Il a refusé de donner le pain bénit, parce qu'il est trop pauvre pour cela, et reconnaît avoir chanté des psaumes dans sa maison avec sa femme, il y a fort longtemps, mais nie avoir dit que la religion catholique était une idolâtrie. Il a été mis en prison à la suite d'un procès contre un nommé Varlet, mais fut retiré de prison par feu M. du Vigier, procureur général, parce qu'il tombait du mal caduc, et n'a pas eu d'autre affaire avec la justice.
Magdelaine Dessioux, femme de Jean Remigereau, reconnait avoir chanté chez elle des psaumes avec son mari, mais nie d'avoir détourné les nouveaux convertis de faire leur devoir de catholiques et en particulier d'avoir empêché la femme des Andreau du Breuillet, malade, de faire son devoir avant de mourir. Elle nie avoir supposé un autre enfant à la place du sien pour le faire baptiser en l'Église et avoir dit aux nouveaux convertis et autres que la Religion catholique romaine ne valait rien et qu'il n'y avait que celle des protestants où on pouvait faire son salut, et que les prêtres abusaient le peuple en leur disant qu'on prenait le bon Dieu en communiant, que ce n'était que du pain.
(Interrogatoire signé HUON et ROY.)
Le réquisitoire du procureur du roi Debeaune, scellé de son cachet parti au 1er d. à un lion grimpant, au 2e d. a 3 étoiles 2 et 1 (15 mai 1711), requiert le bannissement, non seulement pour Jean Remigereau, mais aussi pour sa femme, et en appelle à minima de la sentence présidiale qui suit; laquelle est pourtant assez dure pour des vieillards aussi peu criminels et dont le crime était aussi peu prouvé.
M. DE RICHEMOND.
Sentence contre Jean Remigereau, jardinier de la psse de Breuillet, âgé de quatre-vingt-trois ans, prévenu d'avoir détourné les nouveaux convertis de leur devoir de catholique, etc., le 16 mai 1711.
Entre le procureur du Roy demandeur en contravention aux édits et déclarations du Roy rendus au subjet de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, d'une part.
Contre Jean Remigereau, jardinier detenu prisonnier ez prisons royales de la présente ville (Saintes) et Magdelaine Dessioux, sa femme, deffandeurs et accusez d'autre part.
Veu la plainte dudit procureur du roy; information faitte en conséquence avec le décret au bas, du 12 mars dernier; interrogatoire de ladite Dessioux pris par M. Du Sault, assesseur, du 17 dud. mois; autre interrogatoire dudit Remigereau, pris aux prisons, du 24 avril dernier; conclusions du procureur du roy à la sentence de règlement extraordinaire dud, jour; procès-verbaux d'assignation donnés tant à lad. Dessioux qu'aux tesmoings ouis dans ladite information aux fins du récollement et confrontation aux accusez, des 1er et 2e de ce mois, signés Denis sergent royal; récollement desd. témoins, du 4 de ce mois; confrontation desd. tesmoins ausd. accusez, du susd. ce jour, 4 de ce mois; conclusions définitives du procureur du roy, du jour d'hier, signées Debeaune; interrogatoire sur la sellette desd. accusez avant la présente sentence à la chambre du conseil de ce jourd'huy; et tout considéré —
Nous avons déclaré et déclarons led. Remigereau duement atteint et convaincu d'avoir tenu des discours téméraires, impies et injurieux à la Religion Catholique, Apostolique et Romaine et d'avoir voulu détourner les nouveaux convertis de faire leur devoir, pour réparation de quoy nous condamnons led. Remigereau de faire amande honorable tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres au devant la principalle porte et entrée de l'Églize de Breuillet, ou il sera conduit par un sergent royal un jour de dimanche, au commencement ou à l'issue de la messe paroissialle et que là estant nu teste et à genoux, en présance de sa femme, Il déclarera à haute et intelligible voye (sic) que témérairement et malicieusement il a fait ce qu'il a peu pour détourner des nouveaux convertis de faire leur devoir de Catholiques Romains, dont il demande pardon à Dieu au Roy et à la Justice, et, ce fait, il sera banny à perpétuité hors de la province de Xaintonge avecq deffanse de rompre son ban soubz peine de la vie.
En ce qui concerne lad. Dessioux, sa femme, l'avons pour les cas rézultans du procès, condempné d'assister à l'amande honorable que fera son mari à la porte de lad. églize de Breuillet, condamnons en oultre, tant led. Remigereau que sad. femme sollidairement, à aumosner la somme de vingt livres envers les pauvres de lad. paroisse de Breuillet, et en vingt livres envers la fabrique et led. Remigereau personnellement en dix livres d'amande envers le Roy et chacun d'eux aux despans des proceddures envers ceux qui les ont faits.
Arresté en la chambre du Conseil au siège présidial de Xaintes, le seize may mil sept cents onze.
HUON. BERTHUS. FOUYNET.
Taxé pour les espèces dix escus non payés.
(Présidial de Saintes, Sentences criminelles, année 1711), aux archives de la Charente-Inférieure.


